Un notaire peut-il coller un acte dans une IA ? La minute et la copie
Un notaire ne laisse jamais sortir la minute.
C’est la règle qui protège l’acte authentique depuis des siècles : l’original reste à l’étude, sous la responsabilité de celui qui l’a reçu. Ce qui circule, c’est une copie. Personne n’a jamais eu besoin de justifier ce réflexe, il fait partie du métier.
Le moment où le réflexe s’éteint
Puis vient le jour où l’on colle un acte entier dans une fenêtre de conversation pour le reformuler.
À cet instant précis, le réflexe s’éteint. Ce qui part est le texte lui-même, avec l’état civil du vendeur, le prix, l’adresse du bien et parfois le motif personnel qui justifie l’urgence de la vente. La minute vient de quitter l’étude, sans qu’aucune décision consciente ne l’ait autorisée.
Rien dans le geste ne signale ce franchissement. L’interface ne distingue pas un brouillon d’un acte reçu. Elle accepte le presse-papier tel qu’il arrive.
Décider ce qui n’a jamais le droit de devenir une copie
La question utile porte moins sur la protection de ce qui sort que sur la nature de ce qui sort. Certains éléments n’ont aucune raison de devenir une copie, quel que soit le destinataire.
C’est exactement ce que fait un caviardage réversible exécuté sur votre poste : le modèle reçoit la structure de l’acte, les clauses, la logique juridique. Il ne reçoit ni le nom, ni le numéro, ni l’adresse. La table qui relie le jeton au vrai nom ne quitte jamais votre machine, et c’est vous qui la détenez.
L’acte reste lisible pour vous. Il devient inexploitable pour tout le reste.
Du papier au presse-papier
Votre étude a déjà résolu ce problème sur le papier. Les armoires, les copies exécutoires, la responsabilité du dépositaire : tout un dispositif matériel encode la distinction entre l’original et ce qui circule.
Il reste à le résoudre sur le presse-papier, où aucune armoire n’existe et où la distinction ne se voit plus.